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Un jour donc, Helmut et sa femme décidèrent d' importer en France un cheval d’une race inconnue ici. Leur choix s’était porté sur une race de chevaux ambleurs élevés aux États-Unis. Après avoir obtenu l'argent nécessaire à la Banque, il partit donc choisir un étalon. Durant ce premier voyage, les éleveurs qu’il visita l’interrogèrent sur son métier.
- »Je suis éthologue-comportementaliste »
- »Et ça consiste en quoi exactement ? »
- »Eh bien ! Je résous les problèmes des chevaux. Un genre de chuchoteur comme vous dites ici. »
- » Mais c’est super ! Peut-être pourriez-vous nous donner un conseil ? Nous avons ici une jument Mustang qui nous pose de sérieux problèmes. Cela fait plusieurs mois qu’elle est ici et que nous la travaillons mais, malgré nos efforts, nous n’avons toujours pas pu la toucher. Elle a été attrapée au lasso et ne s’est pas laissée faire. Elle a été presque étranglée et maintenant personne ne peut plus l’approcher et encore moins la toucher. « 
- »Si moi je devais m’en occuper, répondit Helmut, je trouverais un moyen de la faire entrer dans un box puis je m’en occuperais beaucoup pour gagner sa confiance et l’approcher lentement. C’est plus facile dans un box car elle ne pourra pas s’échapper. Par contre, faites attention, c’est aussi beaucoup plus dangereux ! »
Après cette conversation, Helmut regagna sa chambre pour se reposer un peu car le décalage horaire et les différences de températures l’avaient complètement assommé. Une demi-heure plus tard, à sa grande surprise, on frappait à sa porte.
- »Ca y est, vous pouvez venir, la jument est dans un box !. »
Là, il tomba de haut. Il n’avait jamais de sa vie travaillé un cheval aussi sauvage. Vous réalisez ? Un Mustang  et inapprochable en plus !!! Mais bon, pourquoi pas.
Le challenge était de taille mais lui offrait une possibilité qui ne se représenterait plus jamais sans doute. 
Il se dirigea donc lentement vers l’écurie sentant, malgré tout, monter en lui une petite appréhension. Plusieurs personnes l’y attendaient. Pour ne pas laisser voir son trouble et être sûr de ne pas être dérangé, il demanda qu’on le laisse seul. Il n’eût pas besoin de le demander deux fois . Cela fût fait immédiatement.
L’écurie était silencieuse. Seul bruit, le souffle de la jument affolée, perdue au milieu de cette immense écurie inconnue. " Car ici tout est immense », pensa Helmut, pendant qu’il s’approchait du box dans lequel se trouvait le cheval.  Au fur et à mesure qu’il avançait, sa bouche devenait de plus en plus sèche et son cœur se mettait à battre de plus en plus vite. Arrivé au box, il ouvrit la porte avec précaution. Une porte coulissante qui grinçait horriblement dans ce silence oppressant. Ce bruit n’était pas seulement horrible pour Helmut, il l’était également pour la jument qui sursauta et recula très vite, effrayée, dans un angle du box. En  ce faisant, elle  en toucha le mur avec son postérieur ce qui l’effraya encore plus. A tel point qu’elle se cabra pour tenter d’intimider cet humain qui venait l’agresser. Mais pour Helmut, c’était trop tard, il ne pouvait plus reculer, il avait fermé la porte derrière lui. C’est au moment  précis où les sabots  commencèrent à redescendre sur lui que son don , car il en avait vraiment un, opéra. Alors que l’angoisse le rongeait la minute précédente, dès que l’action le nécessitait, il retrouvait son calme et sa concentration, et la peur le quittait comme par miracle. Ce self-control l’aidait toujours à se sortir des situations vraiment dangereuses comme celle qu’il vivait en ce moment. Ce calme, cette absence de peur, déconcerta aussi la jument qui dans une fraction de seconde, par un mouvement de côté, reposa ses sabots à côté de lui. Puis ses grands et beaux yeux, d’un brun profond se mirent à inspecter cet intrus de la tête aux pieds. Mais ses yeux n’étaient plus agressifs, seulement curieux et apeurés. Pour essayer de l’intimider encore, elle fit un pas vers lui et s’il avait fait froid, on aurait, sans doute, pu voir sortir de ses narines une écume blanche, comme un taureau dans l’arène ! Vu que Helmut ne bougeait pas un cil, elle recula. Elle essaya à nouveau  la même intimidation deux ou trois fois. Sans succès. Alors, Helmut s’avança lentement, lui présentant sa main et lui parlant  d’une voix si calme et douce qu’elle semblait l’hypnotiser. Arrivé à cinquante centimètres d’elle, prise de panique, elle se tourna à moitié pour se réfugier dans l’angle d’en face. Imperturbable, Helmut continuait d’avancer et de lui parler. A nouveau arrivé à 50 cm de la jument, cette fois sur son côté, celle-ci  se mit à reculer. Helmut resta dans la même position et se mit à reculer dans le même rythme en restant à la hauteur de la tête de l’animal. La jument avançait et reculait pour essayer de se soustraire à cette emprise. Au fil des minutes, elle finit par se calmer et par accepter la présence de cet humain encombrant, à distance raisonnable. Après tout, cet humain ne l’agressait pas alors que dehors les bipèdes lui couraient après sans arrêt.  Estimant avoir déjà bien avancé, Helmut sortit du box lentement, laissant la jument méditer sur cette expérience. Vingt minutes s’étaient écoulées.
La porte du box refermée sur elle, il s’accorda une petite pause. Maintenant que la tension était retombée, il s’apercevait que ses jambes tremblaient un peu . Il se dit que ces vingt minutes s’étaient finalement mieux passées qu’il ne l’avait craint et il retrouva rapidement le contrôle total de lui même. Une des personnes qui attendaient dehors, voyant que Helmut était sorti, se précipita :
- "Alors, comment ça se passe ? » demanda-t-elle dubitative.
- "A merveille, répondit-il. Je la laisse réfléchir quelques minutes et j’y retourne ! »
Il prit une dernière taffe de la cigarette qu’il venait d’allumer et qui chauffait car il avait fumé trop vite et le voilà de retour dans le box. La jument, était restée au fond et, cette fois-ci, ne réagit pas à son arrivée. Lentement, tout en parlant doucement, il s’approcha à nouveau d’elle. Arrivé avec sa main à 50 centimètres environ, elle avança vers le mur. Helmut se dit que cette fois il pourrait la toucher quand, comme un éclair un de ces antérieurs tapa dans le mur en face d’elle. Jamais il n’avait vu cela, un cheval taper avec un antérieur dans un mur et en plus aussi vite et aussi fort.  Sur le mur, à l’endroit où le sabot avait touché, il  restait une tache, une tache rouge. « Bizarre ! Elle a cogné si fort qu’elle s’est fait saigner ?" se demanda Helmut. Il regarda donc de plus près et constata qu’il s’agissait en fait d’un énorme taon tout gorgé de sang qu’elle avait tout bonnement écrasé là contre le mur. « Wahou, heureusement que ce coup de pied ne m’était pas destiné, ma vieille" lui dit-il doucement sans changer le ton de sa voix. Puis il essaya à nouveau de s’approcher. Elle recula mais cette fois Helmut ne suivit pas son rythme et recula plus vite qu’elle. Cela la surprit énormément. D’autant plus que dans son troupeau seul le chef osait faire ça. Elle avança. Nouveau mouvement d' Helmut. La "discussion "  commençait à s’engager avec des gestes, des mouvements de leurs corps. Puis, lentement, la peur de la jument s’apaisa. Elle commençait à comprendre. Quand Helmut toucha pour la première fois son encolure, sa peau vibra comme pour chasser des mouches mais voyant que cet être humain ne lui faisait pas mal, elle se laissa toucher un peu plus. Rapidement, Helmut se mit à lui gratouiller l’encolure comme les chevaux se font entre amis et elle sembla apprécier. Cinq minutes plus tard, il fut certain qu’elle aimait et  à double titre car elle était infestée de poux. Se tournant vers la porte, il dit tout fort :- "Vous pouvez venir maintenant. Et dites-moi, vous n’auriez pas un produit contre les poux ? » Chose qu’on lui apporta  dans la minute. Il eût une nouvelle petite frayeur mais de courte durée quand  la jument prit peur en voyant la boîte de poudre dans sa main. Mais le premier mouvement de panique passé, elle se laissa faire et en la caressant,  il parvint à  appliquer la poudre sur la plus grande partie de son corps à la grande admiration des  personnes présentes, amassées maintenant devant la porte à claire-voie du box et qui regardaient le spectacle, incrédules.
Une vingtaine de minutes venaient encore de s’écouler.
Il fût accueilli à la sortie du box par des félicitations.
 - " C’est fabuleux ! En deux petites séances de vingt minutes, vous avez réussi à faire ce à quoi nous échouions depuis plusieurs mois !!! Savez-vous que vous avez un grand avenir ici aux États-Unis  ? "





  
Mon premier Mustang
Extrait du roman  " Le Prix de L'argent"

  Par Helmut Stammsen

Copyright: ISBN 2-913489-08-7